Petit tour au Danemark

Ca y est, les 4 jours de coups de vent à Karlskrona sont passés. 30 noeuds d'ouest dans le port. Brrr ! Sur les pontons, au sauna ou au bar, on s'échangent les bons tuyaux d'escales, d'itinéraires de gros temps, les mouillages de rêve ou destinations exotiques. Les liens se tissent dans le partage.

Autant Skillinge fut une belle surprise avec son petit village ravissant aux chemins herbeux sillonant entre les maisons, autant le petit port de pêche de Gisloevs Laege est un vrai trou un peu glauque, avec ses odeurs d'oeufs pourris, mais très authentique, il est vrai.

Après le vent, la pétole...

Une, deux, trois étapes d'une douzaine d'heures, avec peu de vent mais dans le nez, emmitouflés dans nos cirés/gants et bonnet, pour faire de l'ouest le long de la côte sud de la Suède, puis du nord vers Malmoe. En sortant du canal de Falsterbo qui évite le contour de la pointe sud-ouest de la Suède, minée de hauts fonds, il y a je ne sais quoi dans l'air ou dans le paysage qui me font dire que la Baltique est derrière et que nous entrons dans une autre mer. Impression étrange ...

Le pont de Malmoe est immense, énorme. Edifié depuis une quinzaine d'années, il a figure de symbole en reliant Danemark et Suède, deux pays qui se sont disputés apremant le royaume de Scandinavie pendant des siècles.

Au nord de Malmoe, nous entrons dans la marina de Lanskrona, ou Per et Marianne nous attendent pour prendre l'amarre et fêter nos retrouvailles. C'est une vraie joie de passer 2 journées ensemble, chez eux, et de célébrer l'anniversaire de Marianne et notre fête nationale.

15 juillet: Nous sommes si tristes de quitter la Suède et nos amis. Ce pays ou nous avons toujours été admirablement bien accueillis nous a séduits. Un vent de nord-ouest assez fort nous propulse à travers l'Oresund. Plus on approche de Copenhague, plus on rencontre d'éoliennes, choix énergétique de grande ampleur pour le Danemark.

Rentrer dans le centre de Copenhague avec Boisbarbu me procure la même émotion qu'en arrivant à Venise, Stockholm, Lisbonne, Port Said, Barcelone ou Marseille. Le privilège d'arriver au coeur d'une capitale historique sans subir les outrages de ses banlieues. Il n'est pas facile en pleine saison de trouver un amarrage à Copenhague sans avoir réservé; bon prétexte pour parcourir tous les canaux de la ville en passant en revue ses monuments.

Copenhague est d'abord la capitale de la bicyclette. 43% des déplacements se font à vélo. Tous genres, tous âges, pour le travail ou les loisirs, tous se déplacent à vélo. Ce qui transforme complètement l'ambiance de la ville et les rapports entre ses habitants. Nous découvrons une ville "apaisée" et joyeuse !

Evelyne s'en laisse conter dans les bras d'Andersen, avant de déambuler sur les quais de Nyhavn, de se laisser envouter par l'ambiance de Kristiania, ou d'admirer le design des meubles d'Arne Jacobson.

Selon les conseils de Per et l'itinéraire qu'il m'a dessiné, nous allons parcourir l’archipel danois sur notre chemin de retour vers l’Allemagne. Nous découvrons au travers de cet ensemble d’îles danoises une nouvelle expérience de navigation, tout à fait unique, et qui parfois nous déroute. Le Danemark est un pays de marins, eh oui, les Vikings ! Le Danemark a autrefois dominé la Scandinavie, et s’est même attaqué aux pays baltes, à l’Angleterre et à la France, jusqu’en Méditerranée. Jusqu’au jour où ils se sont fait damer le pion par l’Estonie, la ligue hanséatique et la Suède. Ils étaient capables de mobiliser 500 navires pour une bataille! Mais encore de nos jours, la plupart des familles ont un bateau.

La navigation au Danemark se caractérise par des hauts fonds omniprésents, des eaux très protégées des vagues, un temps frais, des ports exigus bien difficiles pour la manœuvre ou plaisanciers et pêcheurs se côtoient, beaucoup d’oiseaux, des villages calmes, proprets et authentiques, en toute simplicité. avec leurs maisons colombage aux toits de chaume.

Les paysages de ce plat pays ne sont pas bouleversants et souvent rompus par des éoliennes, de grands ponts, des centrales thermiques. Même les bouées ont un air bizarre, avec leurs cônes taillés dans un balais brosse !

De Copenhague, nous filons sur Praestoe, par une jolie brise qui donne l’occasion à « petit Charlie » (notre pilote un peu fragile) de montrer ce qu’il sait faire et de monter dans notre estime au fur et à mesure qu’il prend de l’assurance, et que nous équilibrons les voiles pour ne pas le fatiguer. D’autant que dans un éclair de génie (une fois n’est pas coutume), j’ai amélioré sa position et son mode de fonctionnement par un vieux sandoz qui le tire vers le haut pour recentrer son parallélisme avec la barre. Content de son « porte-jarretelles » de fortune, petit Charlie ne grince plus comme une vieille scie à métaux, et évite de freiner ou même bloquer la barre pendant ses heures hors quart…
Le port est ouvert sur la mer, sans jetée de protection. Après quelques allers retours, nous trouvons une place entre 2 catways, trop serrés, ou on éclate un pare battage. Dommage, justement celui qui était neuf. Le soir, sur la terrasse du bar, un guitariste local vraiment très doué « met le feu » à son assistance. La bière coule à flot en se dandinant au rythme de son folk, blues et rock. Excellente soirée.

Le vent d’ouest qui s’est levé au petit matin et la pluie fine n’entament pas l’enthousiasme des vendeurs de brocante qui ont inondé les quais du village. Boisbarbu quitte le port vent arrière sous génois seul et glisse à 7 nœuds sur des eaux peu profondes (70 cm sous la quille). Les yeux rivés sur les cartes et nos instruments de navigation, Evelyne et moi sommes 100% concentrés sur le pilotage de Boisbarbu. Le vent froid se durcit : 25, 28, puis 34 nœuds. Pour ralentir l’allure dans les zones encore moins profondes, on enroule le génois et naviguons à sec de toile. Boisbarbu file encore 5 nœuds. Je suis à la barre, un œil sur le sondeur qui indique entre 10 et 40cm sous la quille et le GPS qui m’indique la route. Mais la route que j’ai préparée hier soir s’avère fausse sur une dizaine de milles en raison d’incertitudes de la carte marine. J’impose au bateau un violent demi-tour quand le sondeur descend brusquement de 50 à 10cm d’eau sous la quille. Pendant l’heure qui suit, nous revenons sur nos pas pour tenter de construire une nouvelle route, alors que les rafales force 8 assènent des grands coups de gite à Boisbarbu. En se basant sur des hypothèses assez fragiles, nous trouvons une route au travers de cette grande étendue d’eau minée de hauts fonds, de dangers isolés et de quelques balises énigmatiques. Ça finit par passer, tant bien que mal, avec 10 à 20cm sous la quille. On est presque soulagés quand le sondeur annonce 60cm d’eau sous la quille : du grand luxe ! Comme une cerise sur le gâteau, les 4 dernières heures se font au moteur, vent violent de face, sans possibilité de tirer des bords, avec une vitesse fond de 3 nœuds, en raison d’un fort courant contraire. Un vrai stress, de grosses frayeurs qui vous prennent aux tripes, qui nous taraudent jusqu’au soir 20h alors qu’on arrive dans le petit port de Vordingborg, archibondé, et ou la seule place possible est à couple d’un voilier dont le propriétaire ne fait aucun effort pour nous faciliter la manœuvre. Sans cela, c’était repartir vers un mouillage hypothétique. Epuisés, nous partageons une Carlsberg tiède et nous endormons comme des bébés.

C’est dans l’étape du lendemain, assez facile, que le relâchement s’opère. Après quelques bâillements de décontraction, je m’écroule de sommeil sur un banc du cockpit alors qu’Evelyne prend en charge le bateau, la navigation et les manœuvres, avant de sombrer à son tour, non sans m’avoir réveillé. Après une trentaine de milles, nous rentrons dans le trou de souris du port d’Agerso.

Une entrée de 8m de large pour trouver un minuscule port ou il est pratiquement impossible d’opérer un demi-tour. Il faut trouver de suite un emplacement, ou ressortir, pour ne pas être drossé par le vent sur les bateaux de pêche. Deux vieux ducs d’Albe semblent encore assez costauds pour supporter le poids de nos amarres, et derrière un ponton branquignolant sur lequel Evelyne saute pour tourner l’amarre à un tronc de sapin planté dans la vase. Le soir, nous débriefons sur la sale journée d’hier, la pire de la saison, en reprenant tout à zéro. Suspectant d’abord nos cartes marines, nous finissons par trouver un mauvais paramétrage dans notre logiciel de navigation (OpenCPN), qui dans ce cas bien précis, nous privait d’indications déterminantes sur la carte. Mais de toute façon, nous apprenons plus tard que cette zone de hauts fonds étant couverte d'herbiers, la quille peut encore facilement progresser lorsque le sondeur indique qu'il n'y a plus d'eau. Ouf !

A la sortie du port de Lystbabehavn sur Agerso, nous buttons sur une « motte de terre ». Boisbarbu bascule vers l'avant. Evelyne qui rentrait les pare battages, a le temps de s'agripper pour ne pas être éjectée à l'eau. Il aurait fallu plus raser le môle de sortie sur bâbord, pour éviter ce haut fond non balisé et non visible sur les cartes. Il est signalé dans le livre des ports, mais écrit en danois Mais ce choc mou n'est pas grave pour le bateau. Après 8h de navigation sous belle brise, nous rentrons dans le petit port de Troensoe, déjà bondé. Un danois nous conseille une petite place sur le côté du ponton bois du petit ferry desservant le village. Boisbarbu s'y appuie et se repose sur ses amarres. Une bonne bière pour fêter cette belle nav', se relaxer avec la satisfaction de visiter ce village, le favori de Marianne.

Ici, on achète ses fruits en laissant l'argent dans une caisse. Si on n'a qu'un billet, on reprend de la monnaie dans la caisse ...

Nous quittons Troensoe dans la brume et le crachin pour remonter le chenal vers Svenborg. Le temps maussade et un courant contraire de 2N nous dissuadent de relâcher à Svenborg. Notre journée se poursuit jusqu'à Aeroskoebing ou le bon vent d'ouest anime le vieux port. On amarre à couple d'un 40 pieds allemand. En rade, le super yacht Mari-Cha tire sur son mouillage. Mari-Cha, grand ketch moderne et luxueux avait pulvérisé le record de traversée de l'Atlantique en 1998. Dans l'après-midi, Salt, Sun Odyssey 45, arrive au port, avec nos amis Per et Marianne, qui nous font visiter le magnifique village classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Le lendemain, nous enfourchons tous les 6 (avec leurs enfants Martin et Victoria) des vélos pour parcourir l'île. Le diner est animé de projets de voile, et déjà des jours à venir dans l'archipel danois que Per et Marianne connaissent comme leur poche et savent optimiser en fonction des vents.

Au matin, alors que le port est encore endormi, je suis plongé dans internet, à scanner les prévisions météo et à croiser les informations, parfois contradictoires. Mais une profonde dépression se dessine à l'ouest et menace de nous frapper dans 4 jours avec des vents de 40N.

Ce coup de vent anéanti nos plans. Nous devons partir aujourd'hui même vers l'Allemagne pour ne pas rester piégé ici. Tristesse de ne pouvoir poursuivre 4 jours dans l'archipel avec nos amis. Per convient de notre décision. Nous nous embrassons en nous réconfortant de futures retrouvailles.

C'est une belle navigation de 52 milles par un vent d'ouest de force 6, qui nous pousse sur l'Allemagne, ou s'ouvre à nous le port de Laboe , au nord-est de Kiel. L'observation de la météo pendant les jours suivants nous a confortés dans nos choix. Le coup de vent a bien eu lieu, sans aucune autre fenêtre météo pour descendre sur Kiel.

La dernière semaine ne vaut pas la peine d'être racontée: de la pluie comme des hallebardes, du brouillard, de la grisaille, du vent de sud-ouest, une pression à 990 hp, pour rejoindre le canal de Kiel que nous parcourons en 2 journées pluvieuses, avec une escale à Borgstedt ou nous restons cloitrés dans le carré en écoutant la pluie crépiter sur le roof, puis une escale à Brunsbuttel avant de tenter en vain dedescendre l'Elbe jusqu'à Cuxhaven ou j'ai rendez vous avec mes trois équipiers.

Mais la dépression ne nous lâche pas et nous repousse jusqu'à Hambourg ou nous amarrons au City Sport Hafen, en plein centre ville. Toute cette pluie pour nous rappeler que la clémence du climat dans cette région, a ses limites. Visiter Hambourg est comme rencontrer pour la première fois une vieille dame dont on aurait déjà beaucoup entendu parler: curiosité et déjà vu. Mais parlez en à Evelyne qui a un regard plus positif sur cette ville d'Hambourg.

Nous célébrons cette merveilleuse saison de voile, dans un Fish'n Chips de Laboe, et en tirons le bilan. Ce fut une saison assez calme du point de vue du vent ou de la mer. La preuve en est que nous n'avons eu à sortir le foc de route qu'à 2 reprises. L'explication n'est pas dans une météo particulièrement clémente en Baltique, mais plutôt dans les choix de nos jours de navigation et nos itinéraires en limitant les étapes au près que par des brises raisonnables (< 20N). Par fort vent, nous avons navigué au portant, en particulier en début de séjour lors de 3 longues étapes de Wardemuende à Kalmar, ou bien nous sommes restés au port pour laisser passer les coups de vent. Ceci ne fut possible que grâce à un programme de navigation très ouvert et flexible, sans contraintes de rendez-vous avec des équipages, ni d'attente d'équipiers à satisfaire. Le dernier exemple probant étant notre retour anticipé du Danmark pour ne pas être pris au piège d'un coup de vent fort (40N) puis défavorable.

Autre constatation qui nous a semblé exceptionnelle: nous n'avons en 2 mois, pas croisé un seul bateau français ! Les pavillons étaient principalement finlandais dans l'archipel nord-est de la Suède et allemands dans le sud ainsi qu'au Danemark. Quelques polonais, un estonien, et seulement 3 britanniques qui pourtant écument toutes les mers du globe.

Après ces 2 semaines au pays de la petite sirène, Evelyne et Gérard soudés par cette expérience nautique unique. se séparent, l'une regagnant la France en 2 heures d'avion, l'autre par bateau en 1 mois,

 

 

 

 

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