Retour de St Petersbourg par le nord baltique

27 juillet : 6 ème étape : de St Petersbourg à Helsinki

Après être repassé par la procédure de sortie des autorités russes de Kronstadt, avoir quitté les chenaux officiels russes et avoir obtenu le quitus en passant la ligne frontière au terme de 16 heures de navigation, quelle formidable respiration nous anime au petit matin en embouquant la passe sud de Haapasari, archipel finlandais ou l'on doit passer la douane d'entrée en Europe. On se sent Libres ! Déjà ces petites îles rocheuses et boisées équipées de maisons en bois rouges ou blanches nous émerveillent. Bienvenue en Finlande !

Déjà ces petites îles rocheuses et boisées équipées de maisons en bois rouges ou blanches nous émerveillent. Nous retardons nos montres d'une heure et piquons une tête dans une eau à 23° et à très faible teneur en sel. Bienvenue en Finlande ! Le douanier nous accueille avec le sourire et nous donne volontiers quelques renseignements touristiques sur de bons mouillages en Finlande, tout en me faisant souffler dans le ballon (détecteur d'alcoolémie). Un phoque nage en nous regardant d'un il distrait, alors que nous reprenons la mer pour 70 milles et allons mouiller de nuit devant l'île de Isosaari, au sud d'Helsinki. Au petit matin, nous réalisons que notre mouillage est en zone militaire, interdite. Nous levons l'ancre rapidement pour embarquer Jocelyne qui nous attend sur un quai d'Helsinki, puis partons découvrir l'archipel finlandais en quête d'un joli mouillage.

Pas encore au courant des pratiques de navigation de la région, je repère une jolie crique pour ancrer et m'y dirige avec précaution. Alors qu'Evelyne est prête à jeter l'ancre, Boisbarbu butte brusquement sur un rocher, puis glisse sur le côté. En voulant me dégager en marche arrière, nous buttons sur un autre rocher, puis un troisième ! Brrrr !!! Pourtant la carte marine ne montrait pas de rocher à cet endroit. Heureusement à 0,5 nuds, la très faible vitesse épargne les appendices de Boisbarbu qui s'en tire bien pour cette fois, et retient cette dure leçon comme un ferme avertissement.

En fait, dans les archipels finlandais et suédois, voici les règles strictes que nous prodiguent les locaux avec insistance et fermeté. A de nombreuses occasions, nous vérifierons qu'ils ont raison :

•  La plupart des eaux de l'archipel n'ayant pas été explorée ni relevée par les services hydrographiques, ne jamais s'éloigner des chenaux balisés par les marques latérales rouges et vertes.

•  Ne gagner un mouillage que si il est documenté sur un guide nautique.

•  Ne jamais laisser quelqu'un debout sur la plage avant, car il risque de tomber à l'eau sous l'effet d'un choc.

•  Si on perd sa route ou si on a un doute sur la route, faire marche arrière toute ou demi-tour immédiatement.

•  En navigation, toujours avoir au moins 2 personnes à 100% dédiées et concentrées sur la navigation : un navigateur à la table à carte et un barreur.

•  Les étapes de plus de quelques heures dans ces archipels demandent trop de concentration pour être menée en sécurité. S'arrêter quand on est fatigué.

•  C'est évidemment un plus si un troisième équipier règle les voiles, ce qui est nécessaire continuellement au vu des déventements ou venturis entre les îles. Ce troisième peut avoir un autre équipement de navigation (tablette, GPS, compas de relèvement) pour croiser les informations du navigateur.

Nous nous dirigeons donc vers un mouillage balisé (Villinki island) ou d'autres voiliers sont déjà à l'ancre. Le site est enchanteur. Nous faisons le tour de la baie en annexe pour observer les petites maisons de bois, souvent équipées d'un petit ponton, d'une cabane toilette et d'un sauna proche de l'eau. L'eau à 23° nous régale lors des baignades et facilite mon inspection sous-marine des uvres vives et appendices de Boisbarbu.

Le lendemain, nous rejoignons la marina NJK du Yacht Club d'Helsinki ou nous faisons la connaissance d'un couple de français qui naviguent en Baltique depuis 3 ans sur un Kelt 39. Marina magnifique ou quelques voiliers classiques se dandinent sous le beau bâtiment art nouveau du yacht club.

Décidemment, nous tombons tous d'accord que ce fut une mauvaise idée d'atteindre St Petersbourg avec nos voiliers. Trop de tracas administratifs, trop de risques dans les chenaux-rails avec les gros cargos, et aucun plaisir à la voile. Comme ce couple de français, il vaut mieux laisser son voilier à Helsinki ou Tallin et partir à St Petersbourg en ferry pour 3 jours. Dans ce cas, pas besoin de visa, et on profite des meilleurs atouts de la ville sans avoir à en souffrir les vicissitudes.

1 er aout : 7 ème étape : Helsinki à Maryhamn

200 milles nautiques en pleine mer pour rejoindre Koekar, une petite île de l'archipel finlandais. Le vent de sud-ouest force 6 nous oblige à tirer des bords dans l'est de la Baltique, entre côtes estoniennes et finlandaises, en traversant le rail des cargos. A plusieurs reprises nous sommes en route de collision avec des porte-containers. L'outil AIS sur l'écran du PC nous aide pour éviter ces monstres, mais cela reste une source de stress. L'estomac de Jocelyne n'a pas supporté cette route de près dans de fortes vagues, et restera assommée dans sa couchette pendant les 40 heures de l'étape. Evelyne et moi nous relayons pour les quarts, mais le manque de sommeil nous use. Au petit matin, nous traversons des étendues de plusieurs kilomètres d'algues vertes puis brunes qui forment un épais manteau à la surface de l'eau.

Tard le soir nous arrivons dans le mouillage de Koekar, devant la petite île ou un bar improbable a trouvé sa place sur un dos d'éléphant granitique ou se repose étendus quelques marins comme nous fatigués, qui se délassent un verre de bière à la main, en se délectant des voix pures et guitares délicates de deux jeunes finlandaises chantant les Beatles. On se sent sur une autre planète !

47 milles nous séparent de Maryhamn, grande île autonome située à mi-distance entre Finlande et Suède. De puissants vents portant nous entrainent à vive allure au travers des îles de l'archipel finlandais. La petite marina est un régal de bien-être. Par les fenêtres de la douche et du sauna j'observe Boisbarbu qui se reflète dans une eau claire au soleil couchant.

La visite du Pommern, énorme voilier dédié à la route du blé dans les années 1920, s'avère très instructive. On y retrouve les dimensions d'un grand voilier et la vie des marins de l'époque dans toutes leurs activités à bord.

5 aout : 8 ème étape : de Maryhamn à Stockholm

Je quitte Maryhamn, son calme et son charme scandinave avec regret. Mais la brise naissante du matin, les bords sous spi, les rafales sous les nuages d'orage, la succession infinie des îles de l'archipel éclairent notre enthousiasme et notre plaisir de naviguer. Nous sommes conscients du privilège de se frayer une route dans ce labyrinthe d'îlots par un ciel bleu et une température de 30°. Même la nuit, short et tee shirt suffisent. Les cirés sont restés au placard depuis des semaines. Incroyable, alors qu'on entend que France et Angleterre sont noyées sous la flotte. Boisbarbu se mesure à Jubilare et Jennie B, 2 voiliers de 12 et 13m pour les distancer en fin de journée. Nous nous prenons mutuellement en photos qu'on s'échange le soir autour d'un verre. Il faut rester très attentif tout au long de la journée, et vers 17h nous ne voyons pas une bouée latérale rouge sur tribord, et filons tout droit sans aller la contourner. Nous sommes sous voiles, au portant, à 7 neouds. La tablette à la main, j'ai pourtant la carte marine constamment sous les yeux. Un doute me prends, et sans crier gare je fais faire un demi-tour complet à Boisbarbu qui stoppe bout au vent. Nous remontons prendre notre route 50m plus haut, le temps de se repérer et de reprendre la bonne route. Le soir, au moment de remplir le livre de bord et de récapituler l'étape du jour, je constate avec effroi que quelques mètres devant Boisbarbu s'élevait un haut fond rocheux à 1,40m sur lequel nous aurions talonné si je n'avais eu le réflexe du « demi-tour du doute ».

Pour rentrer dans le mouillage complètement clos de Stora Jolpan, à l'ouest de l'île de Finnhamn, il faut s'introduire dans deux défilés rocheux étroits avant de laisser glisser son ancre dans une eau parfaitement calme ou des dizaines de voiliers sont déjà au repos. L'endroit est idyllique, mais il se mérite. Je ne l'aurais jamais trouvé ni osé y rentrer sans les conseils éclairés de Hans.

Le lendemain, une trentaine de milles nous séparent de la marina KSSS (Royal Yacht Club de Suède) de Stockholm, ou notre nouvel équipier Hervé (et marin émérite) remplace Jocelyne qui retourne par avion sur la France. Avec Hervé, le Gwen ha Du (pavillon breton) flotte sur Boisbarbu, dans les haubans bâbord, comme il se doit avec le pavillon des invités.

8 aout : 9 ème étape : de Stockholm à Kalmar (Suède)

Etape se déroulant sur 4 jours de découverte de l'archipel suédois. Contre un vent pas toujours favorable, nous parcourons un des labyrinthes de l'archipel, itinéraire sinueux, devant être très précis, entre des centaines d'îles, îlots et rochers. Parfois une étendue d'eau un peu plus large (1 mille) nous permet de laisser le bateau glisser sur l'eau plate ridée par la brise en se reposant quelques minutes. Il est difficile de rendre compte par une photo l'archipel, alors cette photo satellite et quelques échelles d'une carte marine donnent une idée de cette successions d'îlots qui s'étend sur des centaines de kilomètres..

Ce parcours magnifique est une expérience unique de navigation, ou le degré de liberté que l'on a habituellement en bateau, est ici très limité par l'étroitesse du chenal balisé par des bouées latérales vertes et rouges, et par l'incertitude liée aux cartes relevées de manière incomplète. On ne sait pas trop ou on peut ou ne peut pas naviguer, alors dans le doute, il est prudent de se limiter aux chenaux. Pendant ces 4 jours, plusieurs bateaux connaissent l'expérience du talonnage, parfois violent. C'est le cas de Tomanita, un beau X-Yacht 412, qui talonne sur un rocher à l'entrée d'un mouillage, bien qu'ils soient déjà venus ici tant de fois. Anita tombe dans le cockpit et s'ouvre le visage. Les secours sont appelés pour l'hospitaliser et rapatrier le bateau vers un port ou il sera sorti de l'eau pour inspection. Il faut donc être très attentif, et en continu.

Les mouillages peuvent être des lieux très fermés et abrités, comme des lacs intérieurs, ou l'on rentre à vitesse très réduite par une étroiture entre blocs granitiques, les yeux rivés sur le sondeur, en écoutant les instructions précises du navigateur. « 5° bâbord pendant 30 mètres, puis 10° tribord, puis alignement sur cette pierre blanche,  » L'alarme du sondeur retentit ; le barreur à la main sur le levier de commande moteur, prêt à battre machine arrière. Ouf, ça y est on est arrivé. La chaine de l'ancre file doucement sur un fond de vase opacifié par une eau trouble. C'est un soulagement de prendre ensemble l'apéro que quelques moustiques viennent légèrement troubler. Mais cette année, malgré la chaleur, ces insectes ne semblent pas très affamés.

Le mouillage de Ringson

Le mouillage de Boko Hamnvik

Le troisième jour, à l'annonce d'un coup de vent de sud dans le détroit de Oeland, nous filons 93 milles nautiques au large de l'archipel, contre un vent de sud-est, pour nous réfugier une nuit dans le port de Borgholm, sur l'île suédoise de Oeland. A 23h, l'entrée du chenal est délicate. Les bouées cardinales fines comme des perches, ne sont pas éclairées dans ce pays, ni les bouées latérales vertes et rouge. Sans le GPS, il serait impossible de rentrer ici de nuit. Heureusement la pleine lune, particulièrement grosse ce soir-là, car plus proche de la terre que d'habitude, nous aide un peu. Les bouées se reflètent dans la lueur de la lune alors qu'elles sont à une portée de gaffe de la coque. Nous regrettons déjà les nuits claires de fin juin. Dans quelques mois, la région sera plongée dans l'obscurité 18 heures par jour ! Pourtant, Borgholm est très animé, par un concert de musique rock très bruyante, presque insupportable au point qu'on a failli renoncer à s'approcher du port. Heureusement, aussitôt que nous amarrons, le concert se termine sur une chanson de Johnny traduite en suédois. C'est alors qu'explose un beau feu d'artifice, que nous prenons comme un signe de bienvenue à notre arrivée !

Le lendemain, une vingtaine de milles dans le Kalmar Sound (détroit entre le continent et l'île de Oeland), miné par les écueils et hauts fonds, nous conduisent sous le grand pont de Kalmar, puis dans le port agréable de Kalmar en face de son imposant château, autrefois résidence des rois suédois.

12 aout : 10 ème étape : de Kalmar à Klintholm (île de Mon, Danemark)

180 milles nautiques contre un vent de force 6, en plein dans le nez, avec des pluies, ça ne réjouit personne. Certains décident même d'abandonner et d'attendre quelques jours une accalmie, et on peut les comprendre. Au petit matin, la fébrilité s'installe sur les pontons de Kalmar que nos voiliers quittent les uns après les autres. Il est 6h30 quand nous larguons les amarres, les cirés et harnais capelés. Boisbarbu affronte les vagues et vent de face dans le détroit de Kalmar, vers le sud. A 8h, des grains violents, sous orage, nous assaillent et déversent des centaines de litres d'eau sur nos cirés. Hervé, à la barre, est inondé. Soudain : Pchchchc. !!! un sifflement strident le fait sursauter. Il lui faut quelques secondes avant de réaliser que son gilet de sauvetage vient de percuter et se gonfler, noyé par la pluie battante. Un virement de bord sur bâbord pour éviter un front de nuages noirs d'où crépitent les éclairs. Nous sommes doublés par plusieurs voiliers du rallye qui préfèrent remonter le vent au moteur plutôt que de tirer des bords. Ils poussent leurs moteurs à plus de 3000 tr/min pour progresser à 5 nuds, et tapent violemment dans la vague. Je n'aime pas utiliser le moteur dans ces conditions. C'est dangereux pour le gréement, ça fatigue le moteur et ne m'offre qu'une vitesse de 2 à 3 nuds si je respecte un régime moteur à 2200 tr/min. Et puis nos bateaux sont des voiliers et sont faits pour naviguer à la voile ! Je n'utilise le moteur que par pétole (pas de vent), et pour les manuvres de port.

Vers 20h, fatigué et l'estomac brassé par cette mer, je propose de relâcher à Karlskrona, un port au sud-ouest du Kalmar Sound. Sur la carte électronique, les signaux AIS de quelques bateaux montrent leurs traces en repli sur ce port. Evelyne et Hervé m'en dissuadent et la suite prouvera qu'ils avaient raison. La nuit suivante, le vent un peu adonnant nous permet des bords plus favorables vers l'ouest. En pleine nuit, un nouvel orage se précipite sur notre flotille. Boisbarbu a la chance de passer à quelques milles au sud du centre orageux. Il n'en sera pas de même pour ce voilier australien qui subit des dommages irrémédiables sur son électronique de bord (lecteur de carte grillé, instruments de bord grillés, pilote automatique grillé !). Pendant ce temps, notre ami John, sur Jumbuck en plein coeur de l'orage, prend ce cliché spectaculaire, qu'il publie sur son blog dont je vous conseille la lecture, car très bien écrit.

Le jeudi midi, quand le vent tourne du sud-ouest au nord-ouest, une mer croisée bouillonne devant l'étrave et fait sauter Boisbarbu comme un bilboquet. Il faut attendre plusieurs heures dans ce manège avant de retrouver une allure plus confortable ou Boisbarbu glisse d'une vague à l'autre. D'autres pluies, d'autres grains, prises de ris, envoi du foc de route, avant que la nuit nous cueille sans qu'on ait pu apercevoir la terre de l'île de Mon. Grâce au GPS nous trouvons le petit port peu éclairé de Klintholm, au sud-est de l'île danoise, qu'Hervé embouque délicatement vers 3h du matin après plusieurs bords d'approche finale. L'entrée est très étroite et difficile à identifier. Nous amarrons provisoirement à couple d'un voilier de course allemand, pour un sommeil réparateur. Gros dodo jusqu'à 10h vendredi, pour changer de bassin et s'amarrer entre 2 ducs d'albe. Retrouvailles avec les autres skippers de la flottille, pour échanger nos récits, nos émotions, nos expériences. Beaucoup ont fait du moteur en donnant un petit angle par rapport au vent pour limiter les chocs dans la vague. Ils ont parcouru 210 à 220 milles nautiques. Nous en avons fait 240 à la voile dans des temps similaires, ce qui me conforte dans ma stratégie sous voiles.

C'est ici que se termine le Rallye, après 6 semaines de navigation et 6 capitales visitées. Des amitiés se sont tissées au fil des milles, des mouillages, des avaries, des entraides, des contacts par VHF, des barbecues, visites et diners. Pourtant, sur les 27 bateaux au départ, une douzaine ne sont pas arrivés jusqu'ici, soit à cause de talonnages, d'avaries moteur ou électronique, de retours précipités, ou d'un équipier mutiné ! C'est donc en groupe plus restreint que nous partons marcher sous les falaises de craie de Klintholm, et visiter la ville de Copenhague sous un fin crachin.

Lors du diner de clôture du Rallye, Boisbarbu se voit décerner le prix du bateau ayant fait le plus de voile tout au long de ce rallye (comparé à ceux qui ont souvent choisi de se déplacer au moteur), n'a eu besoin que d'un plein de fuel pour tout le rallye, et a amusé la galerie en chantant la sérénade en particulier lors du diner de St Petersburg.

Le petit port de Klintholm se vide de ses équipiers qui rejoignent l'aéroport pour s'envoler vers leurs pays d'origine, alors que le vent de sud-ouest maintenant établi entre 30 et 35 nuds avec rafales à 55 noeuds, siffle dans les haubans de nos bateaux. Avec eux, Hervé nous quitte pour reprendre le boulot demain, à Grenoble. Excellent marin et skipper expert, il nous fut d'une grande aide sur Boisbarbu. J'ai été impressionné par son expérience et son agilité et efficacité sur le pont quand les conditions de mer deviennent difficiles. Pendant 5 jours, nous restons bloqués en attendant la fin de ce coup de vent qui transforme le paysage de cette côte en images dramatiques. Le vent établi à force 7 dans le port fait giter tous les bateaux et sollicite dangereusement les amarres souvent doublées, voire triplées, et régulièrement revisitées.

Nous devons pourtant sans tarder rejoindre Kiel (Allemagne) ou Boisbarbu restera en hivernage, afin d'être à pied d'oeuvre en 2015 pour naviguer en Baltique en nous concentrant sur les archipels suédois et finlandais.

21 aout : 11ème étape : de Klintholm à Kiel

Nous scrutons plusieurs fois par jour les fichiers Grib téléchargés sur nos ordinateurs, et échangeons nos interprétations sur le ponton ou autour d'un verre. Je rappelle qu'un fichier Grib est un fichier que l'on capte par internet dans un format concis d'informations sur les prévisions météo, tel que vents, précipitations, hauteur de vagues, sur plusieurs jours, pour une zone déterminée et par tranche de 3 heures. La plupart des marins ont remplacé les bulletins météo par ces fameux fichiers qui sont un trésor d'information pour qui sait les interpréter. La petite communauté de fin de rallye se limite à 7 bateaux, coincés ici par les coups de vent de sud-ouest qui renforcent nos liens : 7 britanniques (Jubilare, Jumbuck, South Island, Jennie B, Alloro, Muritai, Longbow of Argyl), un suédois (Working on a dream), un australien (Hanse Sailor) et un français(Boisbarbu). Entre ceux qui en ont marre de rester dans ce trou, ceux qui ont peur de partir, d'autres qui rentrent en avion, l'observations des caractères et comportements est intéressante. Cela fait 15 jours que les vents d'ouest nous rendent la vie difficile. On attend la meilleure fenêtre météo, mais celle-ci n'apparait pas dans les prévisions. Les vents vont encore se renforcer le prochain week-end et se généraliser sur la Baltique. Alors c'est décidé : c'est jeudi que nous tenterons le coup. 90 milles sur la carte, mais en tirant des bords à la voile nous en ferons 180.

Nous sommes 19 sur Jennie B pour le dernier diner à la fortune du pot, ou chacun expose sa stratégie de route ou exprime son anxiété. Les anglais en ont tellement marre qu'ils décident de tout faire au moteur, face à la vague. L'enfer des chocs, du bruit, dans l'angoisse de casser du gréement, ne les dissuadent pas. Boisbarbu, conformément à sa réputation, a l'intention de naviguer à la voile, et quitte le port de Klintholm le premier, à 8h. Toute la nuit, Evelyne et moi avons ressassé comment s'extraire de notre emplacement entre 2 ducs d'Albe. Toute une technique dont nous avons peu l'habitude. Après une savante marche arrière pour sortir du bassin, je fais des ronds dans l'eau dans le second bassin pour préparer le bateau confortablement, à l'abri du violent ressac qui nous attend à la sortie de la jetée. Grand-voile arisée et foc de route endraillé, chaudement habillés et nos harnais capelés, nous sommes mentalement conditionnés pour affronter le pire, en serrant les dents. Au près, toujours au près, les changements de voilure se succèdent, au rythme des pluies d'orage. Sur la carte AIS, nous voyons certains de nos amis nous rattraper. Nous serons même en route de collision pendant la nuit avec 2 d'entre eux (Jennie B puis South Island). Impossible de communiquer avec ceux dont la radio VHF est en panne. Dans cette entrée de la Baltique, la concentration de cargos est impressionnante. Il faut ruser pour passer entre eux en traversant le TSS (le rail). Un courant de 2 nuds s'oppose à nous. D'où sort il celui-là, alors qu'il n'y a pas de marée en Baltique. Bien qu'ayant prévu quelques échappatoires pour se reposer dans des ports allemands, nous décidons de continuer jusqu'à Kiel, d'une traite, pour en finir. 30 heures plus tard, Boisbarbu se présente à l'écluse d'entrée du canal de Kiel, au côté d'un porte containers et d'un gazier. Malgré la masse imposante de ces 2 monuments flottants, le silence du canal est un immense soulagement. Ne plus entendre la mer frapper l'étrave et les flancs de Boisbarbu, plus jamais ça, au moins pour cette année. Evelyne s'effondre, exténuée et à bout de nerfs. Les 3 heures de canal pour rallier Borgstedt, sont un plaisir, un sas de décompression. Au fond d'une petite branche de la rivière Eider, s'ouvre à nous une minuscule marina, calme et sereine ou un hollandais nous facilite l'amarrage avec un sourire. Ouf, nous voici arrivés à Borgstedt, petit havre de tranquillité.

Après un long sommeil, nous nous mettons au travail pour hiverner Boisbarbu, le préparer à un hiver long, froid et rigoureux dans cette région. Boisbarbu, comme un cormoran, tente de sécher ses voiles entre deux grains, avant de les replier. Aucun bateau ne reste à l'eau, vu que la glace peut se former. Ici, pas de travelift, mais une grue pour soulever Boisbarbu. Alors il faudra d'abord démâter. L'exercice n'est pas anodin, mais je m'y suis bien préparé. Ce sera même une opportunité pour réparer quelques bricoles dans le mat, et apporter des améliorations. Comme il est interdit dans cette région, de dormir sur un bateau à sec, le chantier nous fournit une chambre. Très agréable. Et quel ordre et propreté sur le chantier. Nous sommes bien en Allemagne.

Dématage et mise à sec se font avec calme, professionalisme, efficacité, soin et le sourire. A chaque question, il y a déjà une réponse et un équipement prévu. Comment vais-je emporter ma grand voile chez le maitre voilier: pas de problème, il y a une charette ! Comment nous rendre au village voisin: pas de problème, des vélos sont à notre disposition gratuitement ! Comment vais-je nettoyer la coque du bateau: pas de problème, le chantier s'en charge ! etc, etc,... Bref, nous sommes sous le charme, en regardant Boisbarbu s'en aller rejoindre sa résidence d'hiver.

Après un repos bien mérité, déjà nous pouvons souhaiter bon vent à Boisbarbu pour la saison 2015, comme ici, sous génois tangonné sous un ciel déjà automnal.

Gérard

Ou hiverner autour de Kiel, Allemagne

Le retour vers la France étant long, nous voulions hiverner en Baltique, dans la zone de Kiel. Il n'a pas été facile de trouver un endroit cet hiver depuis la France. L'endroit que j'avais finalement sélectionné: Schilksee (baie de Kiel) s'est avéré désastreux. Et c'est au cours de l'été que nous avons glanné des renseignements auprès des locaux pour identifié un port à sec convenable.

Plusieurs critères ont été discriminants pour nous:

Quelques adresses, et commentaires:

C'est celui que nous avons finalement choisi. On en est pour l'instant très satisfait. Seul bémol: le premier shipchandler est à 30km (Kiel) et ça va poser des problèmes d'approvisionnement lors des semaines de préparation du bateau au printemps.

Très peu de place à sec, tout réservé par des habitués. Possibilité d'hiverner à flot mais dans un bassin à moitié gelé, mais dégagé par un remorqueur chaque semaine.

Au milieu de nulle part. Difficile d'accès en transport en commun. Aucun magasin.

Bonne réputation, très pro.

Très bon marché

 

En dépit de la réputation Jeux Olympiques de cette marina, le service y est déplorable. Ils ne sortent le bateau que début octobre jusqu'à début mai, et laisse les bateaux sur le parking de la marina, sans surveillance. Chacun est responsable de son dématage, sans aide du port. Beaucoup de promesses au téléphone, mais rien à l'arrivée. De plus, c'est le tarif le plus élevé de la région.

 

 

 

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