les cotes du nord

Roscoff

L'étape de l'Aber Wrac'h à Roscoff est plutôt musclée, avec ses vents de 32 noeuds qui, combinés aux courants de flot, nous propulsent au galop vers Roscoff. Des dauphins nous accompagnent, ainsi que de nombreux fous de bassan, merveilleux oiseaux de grande envergure, au vol majesteux. Leur fuselage a la forme d'un avion de ligne. Leur tête jaune est tendue vers leur destination, Je ne me lasse pas d'admirer ces oiseaux. Avant notre atterrage, à basse mer, impossible de passer par le chenal entre Roscoff et l'île de Batz, parsemé d'écueils. Nous contournons donc cette dernière par le nord avant de découvrir le tout nouveau port de plaisance ultra moderne de Roscoff, près des ferries de la zone de Bloscon.

L'île de Batz

Prononcez ile de Ba, tout simplement !


Tour de l'île à pied, avec Susan, qui nous arrive tout juste du Devon par le ferry Plymouth-Roscoff. Paysages sereins et spectaculaires sur la côte nord-ouest de cette petite île restée simple et authentique.

Morlaix

Cette jolie ville longtemps convoitée par les anglais, sait se défendre, du haut de sa rivière tortueuse, tout au fond de son estuaire. Inutile de tenter par basse mer : les bancs de la rivière découvrent et seul un mince ruisseau sillonnent parmi les étendues de vase. C'est donc à pleine mer que Boisbarbu se faufilent pendant 1 heure entre les perches latérales rouges et vertes. Evelyne, à la table à carte, m'indique le temps pour atteindre le prochain waypoint et le cap du prochain bord : « dans 20 secondes, cap au 25 !  10° de plus sur tribord ! TRIBORD ! je te dis ! on est dépalé par un courant traversier ! Tourne largement la verte, elle est pas claire ! »

En amont de l'écluse que le lamaneur ouvre spécialement pour Boisbarbu, le port nous abrite en plein centre ville. Une belle escale. Pourtant, durant la nuit, le coup de vent arrache la queue de notre éolienne.

Ploumanach

Vent contre courant: mer hachée, désordonnée. Mer agitée à forte. Susan fait l'expérience du seau bleu. Avant d'arriver à Ploumanach, nous longeons la côte de granit rose. De gros blocs sont perchés les uns sur les autres dans des équilibres précaires. Le temps a fait son uvre. L'érosion a creusé dans le granit des formes évocatrices. On reconnaît une tête de chien, un ours, un éléphant, un moine, une sirène, Les lumières du soir contrastent ces scènes fantasmagoriques en renforçant leurs couleurs. Il est difficile de trouver l'entrée de la baie de Ploumanach bien cachée et protégée entre d'énormes blocs de granit, ou les vagues se fracassent dans un roulement de tambour. La magie du GPS nous y conduit.

L'endroit est dantesque, d'autant plus qu'il faut passer très près de ces blocs pour éviter les écueils de Dreuzinier cachés sur tribord. La basse mer nous bloque dans l'étroit chenal pour quelques heures en attente d'assez d'eau pour cheminer sur l'estran de notre cheminement vers le port. Ce port qui se résume à quelques bouées très protégées dans un écrin de granit rose. Tout semble si calme, après le bruyant fracas de l'approche.

Après une nuit paisible, le jour commence à poindre sur la baie de Ploumanach. Une étrange sensation me sort d'un sommeil profond. Le sentiment que quelqu'un est entré dans le carré de Boisbarbu. Un plancher craque, une cuillère dégringole dans l'égouttoir à vaisselle, une bouteille tombe lourdement de la table, L'oreille attentive, inquiète, je ne peux plus trouver le sommeil. J'ouvre un il. Bon sang ! le bateau gite comme si nous étions à la voile. Boisbarbu a posé sa quille sur le fond de vase et se couche sur sa coque juste retenue en flottaison par une eau qui descend, se retire au rythme du jusant de basse mer. Je me précipite sur la table des marées. Encore 20 minutes, ponctuées de bruits insolites, longues minutes à continuer notre inclinaison vers le bas. La gite est maintenant de 20°. Il n'est plus possible de se tenir debout dans le bateau. Pas d'inquiétude, le fond est en vase molle, sans rochers. Curieuse expérience que cette vie inclinée de début de journée.

A basse mer, l'eau du port se vide dans la mer, jusqu'au niveau du seuil d'entrée, mur qui retient un minimum d'eau dans le port. Sans lui, le port serait complètement à sec. Le 1,85m de tirant d'eau de Boisbarbu ne lui autorise que quelques emplacements en eau profonde de ce port. Pour éviter cette mésaventure, se souvenir que le seuil est à 2,50m et que seules les 2 premières places de la ligne A de bouées gardent 1,90m d'eau par grands coefficients.

Les sentiers et blocs de Ploumanach:

La SNSM: Société Nationale de Sauvetage en Mer

A Ploumanach comme ailleurs sur les côtes françaises, des bénévoles de la SNSM, oeuvrent "pour que l'eau salée n'ait jamais le goût des larmes"

Tréguier

Tour à byciclette de la péninsule de Plougrescant, de la Pointe des Chateaux, le Gouffre et de Port Blanc.

Départ de Tréguier: pour descendre la rivière du Jaudy avec un courant favorable nous décidons de quitter le port de Tréguier à mi marée descendante à 7h ce matin. En larguant les amarres du catway, je bat moteur arrière à 2500 tours pour sortir puissamment de notre emplacement en contrant le courant de la rivière. Mais le courant trop fort et un peu sur le travers bâbord, fait immédiatement pivoter Boisbarbu et le pousse en cravate sur la poupe de trois bateaux du ponton. Heureusement sans casse car moteur rapidement au point mort pour immobiliser le bateau.

L'annexe rapidement mise à l'eau me permet d'aller frapper 2 aussières sur les catways du ponton en amont. Au winch, nous écartons Boisbarbu de la poupe des 3 bateaux sur lequel il s'appuie. La dernière phase consiste à faire pivoter Boisbarbu dans le sens du courant en reprenant l'aussière arrière et en larguant l'aussière avant, pour finalement larguer avec suffisamment d'eau devant l'étrave pour sortir des pontons en marche avant. En tout, 30 minutes de manoeuvre intense.

Cette mésaventure me rappelle qu'il est impossible de manoeuvrer contre le courant quand il vient de l'arrière du bateau. J'aurais du, dés le commencement de la manoeuvre, porter 2 aussières sur les catways en amont et ainsi extraire le bateau de son emplacement en winchant les aussières. Manoeuvre que j'avais voulu éviter car assez rare et fastidieuse, mais qui nous aurait gagné du temps et surtout épargné des risques de casse. L'autre solution aurait été, la veille, de choisir un emplacement de l'autre côté du ponton, pour être face au courant, un bateau ne se manoeuvrant correctement que courant de face. Mais voilà, la veille nous ne savions pas encore à quelle heure nous allions quitter Tréguier. Anticipation !

Du côté humain de cette histoire, Evelyne a été très stressée par cet épisode en craignant une avarie sérieuse pour Boisbarbu. En effet la proue du bateau du milieu était armée d'un davier et d'accessoires très agressifs qui pouvaient à tout moment poinçonner la coque de Boisbarbu. Evelyne a assuré l'intensité des manoeuvres et s'est plus tard dans la matinée écroulée sur la couchette pour un bon somme, effet de décompression de son stress. Quant à moi, j'avais le coeur qui battait très fort, comme après un accident de voiture, et du à l'énergie pompée par cette mésaventure, j'ai du mal à garder l'oeil ouvert pendant mon quart de la journée.

Les occupants du bateau de gauche, un couple d'anglais, ont été réveillés en sursaut par le bruit de la collision. Nous les avons vu surgir dans le cockpit de leur bateau, en pyjama. Très calmes et flegmatiques, ils ont volontiers accepté nos excuses, et ont commencé à se servir une tasse de thé, avant de nous aider placidement, sans jamais interférer avec les initiatives de notre manoeuvre. Ces gens là ont été un modèle de flegme, de respect, de politesse et de calme, ce qui globalement a contribué à l'efficacité et à la sécurité de la manoeuvre. Chapeau bas, messieurs (mesdames) les anglais !

Saint Quaix-Portrieux

L'amarrage au ponton par fort vent de travers est délicat. Evelyne doit agir vite pour bloquer l'amarre avant au taquet du ponton avant de revenir sur le catway pour saisir l'amarre arrière. Le couple du bateau voisin, pourtant de bonne volonté, nous gêne plus qu'il nous aide. Après 7 heures de navigation pour 45 milles parcourus, nous partons visiter l'exposition temporaire sur Eric Tabarly. Un beau moment, un bel endroit, jalonné de portraits, d'écrits, de vidéos, de souvenirs. Nostalgie et émotion

L'ombre d'Eric plane sur la côte bretonne. Combien de vocations de marins sont nées de lui.

Saint Malo

L'air détrempé transperce nos cirés d'un froid humide. Le disque solaire se devine derrière le rideau brumeux. Le vent de nord est qui s'est établi depuis plusieurs jours, maintient cette brume ou surgit le profil caractéristique de la cité de Saint Malo. Un clocher planté au centre des remparts de granit gris, se laisse capter par le regard du barreur, comme la lumière au bout d'un tunnel. A travers les brumes, ce profil gris bleu entonne ses chants de marins, évoque les silhouettes belliqueuses des corsaires en course pour le Roi, les images de flibustes. Ces images et chansons résonnent dans le chenal des Courtis, avec pour amer le phare du Grand Jardin. Il ne reste plus qu'à suivre les tourelles rouges et vertes, en croisant l'Etoile de Molène, pour se présenter au seuil du bassin des Bas Sablons. L'échelle de marée indique 3 mètres: voiles amenées, Boisbarbu peut rentrer se reposer, solidement amarré à un catway du ponton A.

Hourrah ! C'est dans les dernières encablures du chenal que Boisbarbu totalise ses 40000 milles nautiques (74000 km) navigués ensemble !

Kenavo !

 

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