Le Journal de Bord de BOISBARBU

De la Tunisie à Port St Louis

5 au 15 Juillet: Sardaigne du sud en famille: un grand Bonheur !

Après une traversée tranquille de 120 milles de Tunisie à la Sardaigne, une journée de repos à Villa Simius, nous refaisons une beauté à Boisbarbu au port de Cagliari, pour accueillir nos petits enfants, qui font leur baptême de l'air sur le vol de Turin.

Quel immense bonheur que de voir ses petits enfants découvrir Boisbarbu, prendrent leurs marques et se sentir très rapidement à l'aise. Pierre, Jean, Rose et leurs parents Céline et Samuel prennent possession de Boisbarbu 10 jours durant, et il est difficile de décrire le bonheur avec lequel nous observons notre petite famille. Tout est découverte, complicité, affection, enthousiasme. Ensemble, nous découvrons le sud de la Sardaigne qui nous a agréablement surpris, par Cagliari, belle ville animée, par les belles et nombreuses plages, par la gentillesse des sardes, et par quelques mouillages de rève.

Peu de mots pour traduire le bonheur de l'équipage. Tous ces sourires pour en témoigner.

 


Villa Simius


Baie de Malfatano


Cala Sapone

Je vous recommande le compte rendu enthousiaste de Samuel, en cliquant sur Signap.

15 au 28 Juillet: Sardaigne et calanques de Cassis

Après avoir versé quelques larmes sur le quai au départ de la famille de Samuel, nous consacrons notre journée au nettoyage de Boisbarbu, rangement, lessives, avitaillement, pour accueillir Françoise et Martine qui embarquent le soir même. Elles arrivent de France par ferry, train et bus. Amicales retrouvailles et découverte de Boisbarbu pour Françoise qui a un lointain mais solide passé de voile.

Nous poursuivons notre progression vers le nord sur la côte sarde, le long de sa côte ouest, par 4 belles navigations d'une quarantaine de milles nautiques.

Tharros

Dans le golfe d'Aristano, parfaitement protégé des vents d'ouest dominants, Boisbarbu mouille paisiblement devant les ruines de la grande cité phénicienne de Tharros, surplombée d'une tour génoise. Le calme du bord (lecture, baignade, balades à terre) contraste avec l'animation constante des petits enfants.

Bosa

Quelques bateaux de voyage nous attendent au mouillage devant le port de Bosa, agréable village balnéaire ou nous pouvons avitailler et découvrir la paisible vie locale. Le mouillage légèrement rouleur accompagne notre sommeil de doux bercements.

Porto Conte

 

Sous le charme de cette côte ouest de la Sardaigne, sauvage, protégée, aux multiples facettes rocailleuses, nous sommes un peu malmenés par une mer forte et un ressac généré par le cap Managu. La récompense est grandiose : la baie de Porto Conte et ses falaises spectaculaires, ses multiples grottes calcaires dont la célèbre grotte de Neptune, abrite quelques anses bucoliques et montagneuses ou vient se reposer Boisbarbu. Une promenade sur les crêtes nous réserve des panoramas magiques.

Stintino

Pour atteindre l'extrémité nord ouest de la Sardaigne, la navigation est très variée, avec des vents changeants et capricieux. Deux heures de spi par vent de sud sont écourtées par une brusque renverse ou le vent de nord ouest souffle à 28N. Heureusement, nous avions anticipé de quelques secondes. Pour arriver à Stintino, on peut faire le tour de l'île d'Asinara ce qui prend 4 à 5 heures. Nous préférons emprunter le passage de Fornelli (entre Asinara et la Sardaigne) qui est une suite de 2 longs alignements savamment calculés pour se faufiler entre écueils et hauts fonds. La houle de nord ouest à l'approche du soir rend l'endroit austère. Le corps et l'esprit se détendent ensuite à l'approche de Stintino ou nous nous amarrons à un pont flottant.

Relâche d'une journée pour attendre la météo favorable à la traversée vers la France. Les filles profitent de cette journée libre pour aller visiter l'île d'Asinara, réserve écologique, pendant que je prépare Boisbarbu à la traversée (les pleins, vérification du gréement, gréage du foc de route, organisation du matériel de sécurité, nettoyage du pont, et quelques petites réparations).

L'îe d'Asinara est très découpée et réserve de splendides points de vue sur des criques turquoises. Des rencontres insolites avec les ânes albinos, vipères, chevaux sauvages, oiseaux marins, et un hopital de tortues patronné par l'Europe. Enchantées de leur randonnée sur cette île, les filles se mettent sur leur 31 et nous invitent au restau. Une dernière occasion de déguster quelques spécialités italiennes et de savourer le sourire, l'accueil et la gentillesse des Sardes. Et puis on a beaucoup aimé cette côte sud et ouest de la Sardaigne. Elle reste la plus belle de ce voyage 2008.

La traversée Sardaigne France

Boisbarbu est prêt, les dernières provisions rangées dans la glacière, la météo acceptable, les quarts organisés, les équipiers équipés des pieds à la tête pour affronter le large. Il est temps de larguer l'amarre en ce mardi 22 juillet à 14h. Je décide de longer Asinara par l'est pour rester protégé pendant quelques heures durant, de la grosse mer formée par le coup de vent des dernières 24 h dans le golfe du Lion. Le vent force 5 nous fait filer au près bon plein sur une mer belle pendant les 2 premières heures. Françoise et Martine en profitent pour apprendre à barrer Boisbarbu. Au-delà, le large nous attend avec une mer forte à très forte. Une houle secondaire croise et génère une mer très forte et confuse, qui malmène Boisbarbu et quelques estomacs. Les cirés nous protègent et les harnais sont capelés à la tombée de la nuit.

Une grande vague se dresse comme un mur liquide devant Boisbarbu. Le bateau l'escalade en perdant de la vitesse. L'arête écumante se dérobe brusquement sous la coque et Boisbarbu tombe dans la marmite grondante, tremblant de toutes ses membrures.

Vers 22h, Françoise et Martine sont couchées dans le carré, Evelyne dans le cockpit. Vers minuit, Françoise me relève. Je pars dormir. Nous continuons vers l'ouest, vent dans le nez. Je garderai un souvenir fantastique de cette nuit de navigation : le plancton phosphorescent dans le sillage, Jupiter qui accompagne l'astre lunaire dans son ascension, des vagues hautes comme des murs de prison, et comme une récompense exceptionnelle bien méritée au lever du soleil : un panorama grandiose sur toute la Corse bien qu'elle soit à 90 milles nautiques à l'est. Je déchiffre ses reliefs, Cinto, Paglia Orba, Rotondo, Oro, Incudine, Bavella. Tous sont là. Rien ne manque à cette chaîne d'anthologie. Mon esprit s'évade sur ces crêtes que j'ai eu la chance de parcourir à ski.

La Corse vue de 90 milles à l'ouest

La journée et nuit suivantes voient s'installer la pétole, accompagnée du lancinant ronron du moteur Yanmar 27cv. Frustration pourtant divertie par le repos, le rythme apaisant des quarts qui s'enroulent comme une danse, la prise d'un beau macro de 2kg qui vient améliorer l'ordinaire dans la cambuse, et quelques jeunes et joyeux dauphins qui passent en sautant au coucher du soleil. La dernière nuit a pour vecteur le phare du Titan visible de très loin, puis les premières réception FM de France Musique et les petites barrettes d'opérateurs Telecom qui apparaissent sur nos téléphones portables. Ca y est : Back to France !

Saoulés par ces 220 milles de traversée, Martine et Françoise choisissent de débarquer à la Ciotat, ou le train succèdera à la voile pour les ramener chez elles, pendant qu'Evelyne et moi déambulons sans but dans les ruelles de la Ciotat. Nous sommes tout étonnés d'entendre parler partout français alors que nous sommes encore en vacances. Etrange sentiment. La fin du voyage évoque en nous un retour à Grenoble, sans ce temps intermédiaire à caboter dans les Calanques, étrangement suspendu entre un projet de périple 2008 qui devient déjà un souvenir et un retour au bercail rempli de projets, que nous vivrons comme autant d'aventures.

Nous attendons avec impatience Lorette et sa famille, en cabotant dans les Calanques de Cassis, notre préférence allant vers celle de Sugiton, enchâssée entre les hautes falaises calcaires, que nous considérons comme un coup de cur de ce voyage. A Marseille, nous retrouvons avec plaisir Hubert et Maureen, que nous avions connu au Moyen Orient en 2006.

Les Calanques en famille

Lorette, Laurent, Jeanne et Louis nous rejoignent à Cassis pour visiter les Calanques et surtout partager une tranche de vie marine avec nous. C'est beaucoup de bonheur de voir Jeanne et Louis évoluer à bord comme si ils étaient des marins de toujours. Lorette reprend sa place dans le balcon avant (comme je l'ai souvent vue dans son enfance), pendant que Laurent enseigne la barre à Louis. En dépit du peu de vent de cette semaine, Louis s'applique à barrer et pilote le hors bord du pneumatique d'une main de maitre.

Un vrai régal et beaucoup d'émotion trop vite écourtés par l'arrivée sur Marseille ou la petite famille doit nous quitter. Le vieux port nous accueille au ponton du CNTL, devant de fameux voiliers de course au large, ainsi que l'hydroptère. Un passage à Marseille se célèbre toujours par un Pastis au Bar de la Marine. Tout un symbole pour nous, en souvenir de notre convoyage de Lorient en 1999. Puis c'est le dernier segment vers le port à sec de Port St Louis, ou Boisbarbu a passé déjà de nombreux hivers. Nous arrivons au bassin des Télines, poussés à vive allure dans le canal de Port St Louis, de nuit, par un bon Mistral. Une fois amarré, Evelyne et moi sommes gagnés d'un petit coup de mou. Tristesse de voir Boisbarbu vidé de l'animation familiale de la semaine et sur le point d'être désarmé, ou tension qui se relâche après cette journée de mer, et ce projet vagabond de plusieurs mois, qu'il nous fallait mener à terme. C'est en même temps notre tour de la Méditerranée qui se termine.

Le 4 Août à 10h, sortie de l'eau de Boisbarbu à Port St Louis, de retour après 4 ans de vagabondage en Méditerranée. Une fois terminés les multiples travaux de nettoyage et d'hivernage du bateau, nous célébrons gaiement cette fameuse nuit du 4 Août au restau du Passe-Port pour un bon plat de télines.

 

Cette semaine passée dans le splendide décor de la côte marseillaise nous amène une réflexion:
- Pourquoi courrons nous les mers et les îles lointaines, alors qu'il y a si beau à côté de chez nous ???
- Eh bien, ... juste parce qu'elles existent !

 

Bises marines et bientôt terrestres,
Evelyne et Gérard.

Nos coups de coeur 2008

Ce que nous avons aimé cette année:

le sillage de Boisbarbu en cette saison 2008

 

 

retour en haut de page